
La
scène de la politique américaine étant sous le contrôle intégral des
républicains, ses premiers effets pervers commencent à se faire sentir sur le
front environnemental. Poursuivant le démantèlement des initiatives de Bill
Clinton dans ce domaine, l’administration Bush a décidé de faire fi de la
volonté populaire favorable à l’interdiction des motoneiges au parc Yellowstone.
Victimes des gaz d’échappement bleuté de ces machines asphyxiantes, les Rangers
qui contrôlent l’accès au parc devront se résigner à continuer de porter le
masque à gaz pour ne pas compromettre le bien-être de l’économie...
En avril dernier, au terme d’une étude exhaustive, l’Agence de la Protection de
l’Environnement des États-Unis (EPA) suggérait pourtant d’aller de l’avant avec
l’interdiction, affirmant que «le bannissement des motoneiges est la
meilleure protection disponible pour la qualité de l’air, la vie sauvage, et la
santé des personnes qui visitent et travaillent dans le parc».
L’EPA, qui vient d’adopter les premières normes sur les émissions des
motoneiges, estime qu’elles se chiffrent à plus de 220000 tonnes d’hydrocarbures
et plus de 580000 tonnes de gaz carbonique par année aux États-Unis. Sans
compter les émissions de benzène et de particules fines des moteurs deux temps
qui équipent l’écrasante majorité de ces engins.
W.
Bush a préféré apporter ce qu’il considère être une solution de compromis: faire
passer de 840 à 1100 motoneiges en moyenne par jour d’ici décembre 2003. Le
recours aux moteurs quatre temps, moins polluants, sera éventuellement
obligatoire. Dans ce contexte, comment M. Bush pourrait utiliser le prétexte de
la possibilité d'une attaque au gaz toxique par Saddam Hussein pour déclencher
une guerre contre l'Irak, puisqu'il a lui-même intensifier la libération de gaz
toxique au parc Yellowstone, au détriment de ses propres citoyens?
Rien de réjouissant pour ceux qui militent contre les sentiers de motoneiges
dans les parcs québécois, et qui anticipaient bénéficier d’un effet
d’entraînement. Les parcs du Mont-Tremblant, du Mont-Orford et des Hautes-Gorges,
en plus d’un certain nombre de parcs linéaires comme celui du Petit Train du
Nord dans les Laurentides, sont traversés par des sentiers de motoneiges. À
chaque fois, on tente de justifier les retombées polluantes par les retombées
économiques.
Cette politique mercantile, qui tend à ouvrir les portes aux loisirs motorisés
dans les «aires protégées», risque de pervertir le concept de l’écotourisme,
déjà trop généraliste. Dans son allocution prononcée lors du Sommet mondial de
l'Écotourisme en mai dernier, le ministre de l’Environnement, André Boisclair,
tenait des propos donnant l’impression que le gouvernement tentait de faire
reconnaître la motoneige comme activité écotouristique. Faisant l’éloge des
33500 kilomètres de sentiers de motoneige au Québec, le ministre a par ailleurs
laissé sous-entendre qu’il n’y avait pas de tels sentiers à l’intérieur des
parcs de la province. Des propos inacceptables pour lesquels le ministre a eu le
mérite de se rétracter: «Je vous concède que j'aurais dû être plus prudent.
Je vous remercie pour cet aimable rappel à l'ordre!» de s’exclamer M.
Boisclair par courriel.
Mais
la solution à ce problème pourrait venir d’Europe, où les motoneiges récréatives
à moteur à essence sont interdites dans les milieux fragiles et centres de ski
des Alpes. Des étudiants de l’Institut national polytechnique de Grenoble ont
réussi la prouesse technologique de mettre au point une motoneige électrique en
1999. Certes d’une vitesse et d’une autonomie restreinte de 35 Km, l’engin est
capable de remorquer des charges de 400Kg. Des performances adéquates pour un
véhicule utilitaire et d’urgence, les inconvénients étant largement compensés
par un faible niveau sonore comparable à celui d’un sèche-cheveux.
Importateur des motoneiges Bombardier en France, le Garage Busato a repris cette
idée pour lui faire dépasser le stade du prototype, et vend une édition très
limitée d’un Ski-Doo pour le moins exclusif, l’Electrolight.
Produit en collaboration avec Électricité de France (EDF), ce scooter des neiges
se vend 69000 francs (près de 17000$), batteries au nickel cadmium non incluses.
En circulation à Chamonix, à Avoriaz, et en Suisse-Allemande, des dizaines de
ces motoneiges électriques commencent à séduire les stations de sports d'hiver
puisqu'elles circulent en silence et sans polluer, ce qui répond totalement aux
attentes des montagnards et des touristes.
Curieusement, Bombardier est avare de commentaire sur son implication dans ce
projet. En bonne citoyenne corporative, la multinationale québécoise devrait
rendre la machine disponible sur notre marché, favorisant du même coup la baisse
du prix de cette technologie. Les visiteurs des parcs d’Amérique du Nord
méritent eux aussi le respect des droits au silence et à l’air pur dans leurs
«aires protégées».
Pierre Dépôt
Canton d’Orford
Bush Opens Yellowstone to More Snowmobiles
http://ens-news.com/../ens/nov2002/2002-11-13-10.asp
Bonne nouvelle, des procédures légales viennent d'être entamées pour faire respecter comme prévu l'interdiction des motoneiges au parc Yellowstone. C'est la santé des employés du parc qui est en jeu:
Suit Challenges Delay of Snowmobile Ban
http://ens-news.com/ens/dec2002/2002-12-03-09.asp#anchor3
Texte de ce recours collectif, mené par la puissante organisation californienne Bluewater Network, allié du syndicat des employés du parc Yellowstone:
http://www.wildrockies.org/teci/winter-use/Winter-Use_Complaint.pdf